Firmin Bagoro DG de SOPAFER-B “On va redynamiser toutes les gares ferroviaires”

Chargée de la gestion du patrimoine ferroviaire et du développement de réseau ferré, la SOPAFER-B est une Société d’Etat dirigée par Firmin BAGORO. Depuis sa nomination en conseil des ministres le 12 février 2025, le nouveau Directeur Général apporte une nouvelle dynamique à la SOPAFER-B. Votre site nouvelles-infos a eu en exclusivité d’échanger avec lui sur les missions qui lui ont été assignées, sa vision de la société, les grands projets ferroviaires au Burkina Faso ainsi que sur l’avenir du chemin de fer dans le pays. Calme et toujours de bonheur humeur, le Directeur Général de la SOPAFER-B, Firmin BAGORO a répondu à nos questions.

Quelle est la principale mission assignée à la SOPAFER-B, par le gouvernement du Burkina ?
Il convient de rappeler que la Société gestion du patrimoine ferroviaire (SOPAFER-B) est une société d’Etat au capital d’un milliard (1 000 000 000) de franc CFA,créée en août 1995. Elle est issue de la Convention de Concession de l’Exploitation des Transports Ferroviaires conclue entre le Burkina Faso, la République de Côte d’Ivoire et la société SITARAIL.
La mission principale est la gestion du patrimoine ferroviaire de l’Etat.
A ce titre, la SOPAFER-B a pour objet :
- la gestion des intérêts et du patrimoine de l’Etat dans le cadre de la convention de concession du service public des transports ferroviaires, conclue avec SITARAIL ou avec tout autre concessionnaire qui viendrait à lui être substitué ;
- l’acquisition pour son propre compte ou pour celui de l’Etat, de tous biens mobiliers ou immobiliers et en particulier de tous matériels ferroviaires à mettre à la disposition du concessionnaire ;
- la gestion administrative et comptable de l’ensemble des éléments formant le domaine public ferroviaire de l’Etat, ainsi que des matériels ferroviaires ou autres, mis à la disposition du concessionnaire ;
- le suivi de la gestion et de l’exploitation du service public concédé ;
- la maîtrise d’œuvre des travaux relatifs aux infrastructures ferroviaires et aux matériels ferroviaires concédés, selon les conditions et les limites prévues par la convention de concession ;
- -toutes activités propres à assurer le développement ou l’accomplissement des transports ferroviaires nationaux et internationaux.
Dans ces conditions comment se passe la sauvegarde, car on parle aussi de sauvegarde du patrimoine ferroviaire ?
Comme vous le savez, le patrimoine ferroviaire comprend l’ensembles des éléments qui rentrent dans l’exploitation ferroviaire tels que les infrastructures (voie ferrée, ouvrages, gares, ateliers, haltes), les emprises ferroviaires (couloir délimité de 25 m de part et d’autre de la voie ferrée), le matériel roulant, l’outillage, etc. Tout ceci a été concédé à SITARAIL.
Dans notre mission de sauvegarde du patrimoine, nous assurons le suivi des travaux de maintenance et de régénération des installations, le contrôle de la qualité des travaux exécutés suivant les normes et standards du secteur ferroviaire, ainsi que le suivi de l’état des infrastructures à travers des inspections périodiques de l’état des biens concédés et des biens propres à la SOPAFER-B.

L’une de vos missions fondamentales est la promotion de l’extension du réseau ferroviaire et la réhabilitation des infrastructures existantes, qu’est ce qui est fait actuellement dans ce sens ?
Il faut dire que l’état actuel de notre réseau ne permet plus aux trains d’atteindre la vitesse normale. La voie a besoin d’être réhabilitée, d’où le recrutement en cours d’un consultant pour l’étude en vue de la réalisation des travaux d’urgence de la ligne ferroviaire de Ouagadougou jusqu’à la frontière Côte Ivoire. Il s’agit là de points critiques nécessitant des interventions urgentes.
Outre ces travaux d’urgence, nous avons un projet de réhabilitation complète de la ligne ferroviaire existante Kaya – Ouagadougou – frontière Côte d’Ivoire.
Nous avons également les projets de nouvelles lignes à savoir les liaisons ferroviaires entre le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Togo où nous sommes à l’étape de recrutement des consultants. Il y a aussi le projet d’interconnexion ferroviaire Ouagadougou-Tema (Ghana) pour lequel les études sont disponibles et il reste la mobilisation des ressources financières pour les travaux.
Pour l’axe, Ouaga-TEMA, est ce que le tracé a été déterminé ?
Oui, les études étant achevées, le tracé a été déterminé. La section Ouagadougou – frontière Ghana est longue de 324 Km, d’un coût d’environ 826 milliards de FCFA. Nous sommes en recherche de partenariats pour exécuter le projet en mode partenariat public privé (PPP) type BOT (Build-operate-transfer).
Cet axe doit être entièrement financé par le Burkina Faso ?
Pour le financement, chaque Etat se charge du tronçon sur son territoire. En fait le coût total c’est 2816 milliards de FCFA et les 826 milliards de FCFA c’est ce qui concerne les travaux au niveau du Burkina Faso. Nous sommes à la recherche du financement. C’est dans ce cadre qu’en octobre dernier le Ministre des Infrastructures et du Désenclavement, Monsieur Adama Luc SORGHO a conduit une délégation au Sommet de Luanda sur le financement du Développement des Infrastructures en Afrique où le projet d’interconnexion ferroviaire Ouagadougou-Tema (Ghana) a été présenté aux investisseurs. C’est un projet capital pour nous en sens qu’il permettra d’offrir au Burkina Faso une alternative nouvelle de désenclavement et le conforter dans sa position de pays de transit. Ce projet permettra également d’acroitre les échanges commerciaux entre notre pays et le Ghana et de stimuler le développement économique et social des deux pays.
Quels sont les projets clés de la SOPAFER-B, et à quel stade d’exécution sont-ils ?
Nos projets phares sont le projet d’interconnexion ferroviaire Ouagadougou-Tema (Ghana) pour lequel les études sont disponibles, les projets de liaisons ferroviaires entre le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Togo où nous sommes à l’étape de recrutement des consultants pour les études, le projet d’études en des travaux d’urgence de la ligne ferroviaire Ouagadougou – frontière Côte Ivoire en phase de recrutement du consultant également.
Nous avons également le projet de réhabilitation complète de la ligne ferroviaire existante Kaya – Ouagadougou – frontière Côte d’Ivoire.
La SOPAFER-B en collaboration avec la municipalité de Ouagadougou a lancé une opération de libération des emprises ferroviaires, qu’est ce que cela a donné ?
A Ouagadougou, les emprises ferroviaires correspondent à une bande de 25m de part et d’autre de l’axe de la voie ferrée. Cette zone doit être libérée pour garantir la sécurité de la circulation des trains et l’entretien de la voie. Cependant, dans certains quartiers, notamment en raison des activités de ferraillage, des installations anarchiques ont été constatées jusqu’à la limite de voie, gênant la circulation des trains. Il arrivait même que les convois s’arrêtent pour dégager les carcasses de véhicules avant de poursuivre. Nous avons donc mené une opération de déguerpissement dans les zones autour du stade du 4 Août et du quartier Nonsin avec l’appui des Présidents des Délégation Spéciales des Arrondissements concernés.
Cette opération de libération des emprises ferroviaires a permis d’assainir le long du chemin du fer dans les zones libérées, de participer d’une part à la sécurité des convois ferroviaires et d’autre part à la sécurité des populations environnantes.
Ces types d’opérations seront également menées dans d’autres localités telles que Koudougou et Bobo-Dioulasso, où les populations et les autorités régionales nous interpellent régulièrement pour sécuriser les emprises.
DG, par rapport aux gares fermées, qu’envisagez-vous ?
Malheureusement le concessionnaire n’exploite pas toutes les gares pour diverses raisons, ce qui entraine l’abandon de certaines infrastructures. Le trafic devrait s’effectuer de Kaya jusqu’à la frontière de Côte d’Ivoire, mais nous constatons la fermeture de toutes les gares entre Ouaga-Kaya ainsi que l’abandon des certaines gares entre Ouagadougou et la frontière Côte d’Ivoire. Pourtant, ces infrastructures restent la propriété de l’Etat et doivent être rétrocédées en bon état à la fin de la concession. Avec la volonté affichée des autorités de redynamiser le transport ferroviaire, toutes les gares ferroviaires seront progressivement réhabilitées. La création de Faso Rail traduit clairement cette ambition de faire du rail un mode majeur de transport aux côtés du transport routier.
En quoi consiste le projet Ambassadeur du rail ?
Ce projet est né suite à la forte pression foncière sur les emprises ferroviaires. Il consiste à désigner dans les zones sensibles, des personnalités influentes comme Ambassadeurs du Rail. Leur mission étant de veiller à la protection des intérêts du rail et des biens dans leur localité. Par exemple à Zitenga, le Naaba Saaga a été élevé au rang d’Ambassadeur du Rail. De par son autorité, il est difficile que des installations ferroviaires soient détruites ou occupées sans qu’il ne soit informé. Cette initiative facilite également les actions de sensibilisation. Des Ambassadeurs du Rail ont été désignés et installés à Bingo, Niangoloko, Siby et à Yendéré.
En dehors des projets d’interconnexion, le projet de l’AES, quelles sont les véritables perspectives pour le transport ferroviaire au Burkina Faso ?
La principale perspective est la réhabilitation de la voie existante afin de faciliter l’évacuation des marchandises, notamment sur l’axe Ouagadougou-port d’Abidjan. Actuellement la vitesse moyenne est faible, ce qui ne favorise pas la fluidité du trafic. Cette situation est liée à l’état du réseau. Le défi majeur reste donc la réhabilitation du chemin de fer. Il s’agira également de relancer véritablement le transport voyageurs, connaissant l’impact socio-économique qu’a ce mode de transport sur les localités traversées.
Propos recueillis
Par Palingwendé Magloire Tiendrébeogo
