Vlé Fulbert Traoré, SP/ CONAREF

« Il n’y a plus de camps de Réfugiés au Burkina Faso depuis 2021 »
Placé sous la tutelle du ministère des affaires étrangères, le Secrétariat permanent de la commission nationale pour les réfugiés, assure la mission d’accueil et d’installation des personnes qui ont quittées leur pays d’origine pour des raisons bien précises. Nommé en conseil des ministres le 13 août 2025, Vlé Fulbert Traoré, assume la fonction de Secrétaire permanent de la commission nationale pour les réfugiés. Votre site nouvelles-infos, est allé à sa rencontre. Nous avons pu échanger avec le SP/CONAREF sur la situation des réfugiés au Burkina Faso, sur les conditions d’obtention de l’asile dans notre pays. Vlé Fulbert Traoré SP/CONAREF nous a ouvert ses portes

Quelles sont les missions assignées à la CONAREF ?
La Commission Nationale pour les Réfugiés (CONAREF) a été créée en 1988. Elle est placée sous la tutelle administrative du ministère des Affaires Etrangères et présidée par le Ministre des Affaires Etrangères en personne. Ses missions consistent principalement à :
– déterminer le statut de réfugié au Burkina Faso ;
– assurer la protection juridique et administrative des réfugiés, des demandeurs d’asile et des apatrides sur l’ensemble du territoire national ;
– sensibiliser les acteurs sur la protection internationale ;
– faire la promotion des solutions durables au profit des réfugiés ;
– étudier et proposer aux autorités compétentes, toute mesure susceptible d’améliorer les procédures de demandes d’asile et de protection des apatrides au Burkina Faso
– veiller à l’application, au Burkina Faso, des conventions internationales et régionales relatives au statut de réfugié.
Dites-nous, quelles sont les entités qui font partie du SP/ CONAREF, tout en précision leur apport à la commission ?
Le SP/CONAREF est organisé en trois (03) Départements. Nous avons le Département de l’Eligibilité et de la Protection Internationale (DEPI) dont la mission est d’assurer le suivi et le traitement des dossiers relatifs à l’éligibilité, au statut de réfugié ainsi qu’à la protection internationale des personnes relevant du mandat de la CONAREF ; le Département de l’Apatride, de la Migration Mixte et des Solutions Durables (DAMMSD) qui a pour mission d’assurer le suivi et le traitement des dossiers relatifs à l’apatridie et à la recherche de solutions durables au profit des personnes relevant du mandat de la CONAREF, et le Département des Etudes, des Statistiques et de la Planification (DESP) dont la mission est de contribuer à l’élaboration des plans et programmes d’activités et des rapports d’activités en collaboration avec la Direction Générale des Etudes et des Statistiques Sectorielles (DGESS) du Ministère des Affaires Etrangères.
A côté de ces Départements nous avons des services d’appui comme le Service Administratif et Financier (SAF), le Service de la Communication et des Relations Publiques (SCRP), le Service de la Logistique et le Service du Numéro Vert.
En plus de l’ensemble de ces structures au niveau central, le SP-CONAREF comprend également des antennes locales dans quatre (04) régions du Burkina Faso. Il s’agit des antennes de Bobo-Dioulasso, Ouahigouya, Dori et Djibo. Ce sont des services déconcentrés de la CONAREF. Les antennes sont dirigées par des Chefs d’antennes.

Quelles différences faites-vous entre réfugiés et déplacés internes ?
Aux termes de la Convention, un réfugié est une personne contrainte de fuir son pays en raison de craintes fondées de persécution (race, religion, nationalité, opinions politiques, groupe social), de conflits armés, de violence généralisée ou de graves troubles à l’ordre public. Incapables de se prévaloir de la protection de son État, ils bénéficient d’une protection internationale. Ici, il faut retenir le fait que la personne traverse une frontière internationalement reconnue pour demander la protection d’un autre pays.
Par contre, la personne déplacée interne est une personne qui quitte un point A à un point B à l’intérieur d’un même pays en raison d’un conflit armé, de situation de violence généralisée, de violations de droits de l’homme ou de catastrophe naturelle provoquée par l’homme. La personne déplacée interne ne franchi donc pas de frontière d’un Etat. Le point commun entre ces deux catégories de personnes c’est leur vulnérabilité. Elles sont toutes des personnes déplacées de force.
Les deux catégories de personnes, à savoir le Réfugié et la Personne Déplacée Interne sont-elles traitées de la même manière ?
Les Déplacés Internes ne relèvent pas du mandat de la CONAREF. Ils sont gérés par des structures du Ministère de la Famille et de la Solidarité. Toutefois, il convient de relever que la CONAREF travaille en étroite collaboration avec les structures de ce ministère. Il y a une certaine complémentarité entre les structures gouvernementales dans la prise en charge des personnes vulnérables au Burkina Faso. Elles bénéficient du même traitement national.
Quelles sont les conditions à remplir pour obtenir le statut de réfugié au Burkina Faso ?
L’article 3 de la loi n°042-2008/AN du 23 octobre 2008, portant statut des réfugiés au Burkina Faso fixe les conditions. En effet, selon la loi, ‘‘est considéré comme réfugié toute personne, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa nationalité, de sa religion, de ses opinions politiques ou de son appartenance à un certain groupe social se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou, si elle ne peut se réclamer d’aucune nationalité, se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle’’. La loi va plus loin en élargissant cette condition à ‘‘toute personne qui, du fait d’une agression, d’une occupation extérieure, d’une domination étrangère ou d’évènements troublant gravement l’ordre public dans une partie ou dans la totalité de son pays d’origine ou du pays dont elle a la nationalité, est obligée de quitter sa résidence habituelle pour chercher refuge dans un autre endroit à l’extérieur de son pays d’origine ou du pays dont elle a la nationalité’’.
La procédure pour obtenir le statut de réfugié implique un enregistrement et un entretien auprès du SP-CONAREF qui prépare le dossier du demandeur d’asile. Ledit dossier est soumis aux organes d’éligibilité pour décision à prendre.

Avec quels partenaires travaillez-vous pour la protection des réfugiés et demandeurs d’asile au Burkina Faso ?
La CONAREF collabore avec un certain nombre d’acteurs dont le HCR qui est notre principal partenaire. Il nous nous accompagne chaque année à travers un accord de partenariat qui permet de mettre en œuvre annuellement le projet « Protection et recherche de solutions durables au profit des réfugiés et des demandeurs d’asile ». Il y a également les partenaires de mise en œuvre du HCR qui nous accompagnent dans la réalisation de nos activités sur l’ensemble du territoire national.
A côté de ces acteurs non étatiques, nous travaillons également avec des acteurs étatiques qui nous assiste. Parmi eux, je peux citer les Ministères en charge de la Sécurité, de la Solidarité, de la justice, de l’Emploi et de bien d’autres structures nationales.
Quelles sont les grandes activités que la CONAREF mène chaque année en faveur des réfugiés ?
Comme toutes les autres structures du Ministère, nous fonctionnons sur la base d’un programme d’activités avec un mandat. C’est ainsi que pour les activités relevant de ce mandat, nous assurons essentiellement celles de la protection internationale des réfugiés ainsi que la recherche de solutions durables afin de faciliter leur intégration dans la société. Plus concrètement, il s’agit de veiller à la tenue des organes d’éligibilité, à assurer des formations sur le droit d’asile et la protection internationale, à sensibiliser les Réfugiés et les populations hôtes sur la cohabitation pacifique. Comme vous le savez, il n’y a plus de camps de Réfugié au Burkina Faso depuis 2021. Les réfugiés sont urbains et vivent avec des communautés d’accueil ; d’où la nécessité de tenir de telles activités de sensibilisation pour prévenir d’éventuels conflits qui pourraient survenir.
Quelles sont les mécanismes, au niveau de la CONAREF pour la prise en charge des réfugiés ?
La CONAREF, en partenariat avec le HCR, gère la prise en charge des réfugiés via tout un processus. Les différents mécanismes concernent les points suivants :
L’enregistrement et la détermination du statut de réfugié : La première étape est l’enregistrement auprès du Secrétariat Permanent de la CONAREF (SP-CONAREF). Les demandes sont examinées par les organes d’éligibilité à savoir le comité national d’éligibilité et le comité national de recours composés des institutions de l’Etat et qui sont présidés par le Ministre des Affaires Etrangères.
La protection juridique et la documentation : La CONAREF délivre un certain nombre de documents administratifs au profit des réfugiés et demandeurs d’asile au Burkina Faso. Il s’agit notamment de l’Attestation « A Qui de Droit », délivrée exclusivement aux demandeurs d’asile. Cette attestation leur permet d’être en règle vis-à-vis des services compétents avant l’examen de leur dossier par les organes d’éligibilité. Nous délivrons au profit des réfugiés, des actes dont l’attestation d’identité, l’attestation de famille, l’attestation individuelle et le laissez-passer. Par ailleurs, avec l’accompagnement de l’Office National d’Identification, nous facilitons la délivrance de documents d’identité au profit des réfugiés. Il s’agit notamment de la Carte d’identité de réfugié et du Titre de voyage de la Convention (encore appelé passeport de réfugié). L’ensemble de ces documents concourent à la protection des réfugiés et demandeurs d’asile dans notre pays.
L’assistance et la protection : La CONAREF en relation avec le Ministère de la Sécurité et le HCR ainsi que ses partenaires de mise en œuvre assistent les réfugiés en matière de sécurité, de santé, d’éducation, de formation et autres besoins spécifiques.
· Les solutions durables : Elle organise le rapatriement volontaire des réfugiés désirant retourner dans leur pays, en coordination avec le HCR, comme c’est le cas aujourd’hui avec le Mali dans le cadre d’un accord Tripartite Burkina-Mali-HCR.
Le numéro vert : Un numéro vert a été mis en place pour permettre aux réfugiés de signaler des problèmes, déposer des plaintes et obtenir des informations sans se déplacer. Ce numéro est le 80 00 12 81. Il est gratuit.
Le Burkina Faso compte combien de réfugiés ?
A ce jour, notre pays compte près de 43.000 réfugiés et demandeurs d’asile, contre 500 en 2012. Le constat est qu’en quatorze ans ce nombre s’est accru de façon exponentielle. Cette situation s’explique par le fait que le Burkina Faso est une terre d’accueil, mais aussi par le contexte sécuritaire régional qui a engendré des mouvements forcés de personnes.
Propos recueillis
Par Isatou Ribamba
