MESSAGE OFFICIEL DE LA JOURNÉE MONDIALE DE LA POÉSIE 2026

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SOCIÉTÉ DES AUTEURS, DES GENS
DE L’ÉCRIT ET DES SAVOIRS (SAGES)
MESSAGE OFFICIEL
DE LA JOURNÉE MONDIALE DE LA POÉSIE 2026
Soyons les gardiens de la fragilité
Des ténèbres, fleurit la lumière,
Des pleurs, surgit le rire.
Du fer naît la concorde,
Du chaos s’érige l’unisson.
Ici, la paix veille sur l’unité,
Ailleurs, l’unité appelle la paix.
La nécessité fait loi.
Regardez vos mains.
Elles possèdent le don de pétrir le pain, la tendresse pour porter un nouveau-né et la force de bâtir des cathédrales ou des mosquées. Pourtant, d’un simple mouvement, elles peuvent aussi briser ce que des siècles ont mis à faire fleurir. La paix n’est pas un édifice de graviers que l’on érige, une fois pour toutes, sur le parvis. Elle est une flamme vacillante que nous portons entre nos paumes, au coeur d’un grand vent. Elle est fragile, car elle repose sur le fil invisible de la confiance, fil que la domination, la méchanceté et la peur s’acharnent à rompre.
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Sous le joug de la loi du plus fort, nous nous montrons capables de détruire des villages, des villes, des pays et des continents, par simple désir d’être craints. Dans notre monde actuel, le nerf de la guerre s’est déplacé vers le contrôle des ressources critiques et la domination technologique ou numérique. Nous avons trop longtemps cru que nos différences étaient des murs et nos cultures des freins. Quelle erreur tragique ! Le monde est un jardin, et un jardin ne tire son sens que de la variété de ses plantes.
Hélas, il y a quelques jours à peine, un orage de fer a déchiré cet équilibre fragile, venant frapper notre orgueil au plus profond de sa demeure. Dans un fracas de foudre, les États-Unis et Israël ont choisi de faucher la tige maîtresse de l’Iran, brisant le guide comme on abat un cèdre. Cet exemple, gravé dans les ruines, rappelle aux hommes que leur superbe n’est qu’un mirage si elle se nourrit de sang. En voulant déraciner l’âme d’une terre lointaine, ils n’ont fait qu’éparpiller les pétales de la concorde sous les pas lourds de la discorde. Car le jardin du monde ne se cultive pas à l’acier, et chaque fleur ainsi sacrifiée sur l’autel de la puissance laisse derrière elle un parfum d’amertume qui hantera longtemps l’avenir.
Et si, dans cette nuit où nos boussoles s’affolent, nous comprenions enfin que personne ne se sauve seul ? Que l’unité est notre unique socle salvateur ? L’unité n’est ni la domination ni l’effacement des différences ; elle est l’offrande de ce que nous sommes au bénéfice de tous. Soyons donc les gardiens de cette fragilité. Préférons le pont à la muraille, le dialogue au cri de la guerre. Car, au soir de notre passage terrestre, on ne nous demandera pas ce que nous avons possédé, mais combien de fois nous avons su tendre la main pour maintenir la paix de l’humanité.
Ce geste de tendre la main pour soutenir la paix de l’humanité debout ne peut s’accomplir sans un souffle commun. Pour que nos mains bâtissent au lieu de briser, il nous faut d’abord
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accorder nos voix et transformer nos intentions en une symphonie de fraternité. C’est dans cette résonance des âmes, là où le dialogue étouffe le cri de la guerre, que s’élève enfin l’harmonie nécessaire à notre salut.
Et si l’on larguait des poèmes sur les coeurs,
Des poèmes aux mots bien choisis,
Mots du berceau d’ambre,
Mots de l’horizon sans fin,
Mots de l’éveil du levant,
Mots de l’odyssée,
Mots de l’archipel de nacre,
Mots du silence de cristal ?
Si l’humanité fédérait ses mots, unis au mot divin, pour combattre nos maux avant qu’il ne soit trop tard…
Alors, il est temps !
Et si la poésie sortait du livre
Pour nous faire vivre ?
Ouagadougou, le 21 mars 2026
Frère Vicky
Écrivain
Grand prix du livre de la Foire internationale
du livre de Ouagadougou (FILO) 2025
